Arrêt maladie en SASU / SAS : le piège “l’employeur, c’est vous”
Quand on est président de SAS / SASU, on se dit souvent : “Je suis assimilé salarié, donc je suis couvert comme un salarié.”
En partie oui… mais la plupart des dirigeants se trompent sur un point décisif :
Le salarié “classique” est souvent bien maintenu parce qu’un employeur distinct complète.
En SASU ou SAS l’employeur… c’est votre société. Donc quand il faut compléter, c’est vous qui payez (via votre budget d’entreprise).
Dans cet article, on parle uniquement d’arrêt maladie (pas de retraite) : IJSS / indemnités journalières, plafond 2026, carence, maintien de revenu, et pourquoi la prévoyance est le vrai levier de cohérence.
À retenir (en 60 secondes)
- Un président de SASU rémunéré est en général assimilé salarié : il dépend du régime général pour la maladie, et peut percevoir des IJSS en cas d’arrêt, sous conditions.
- En 2026, le plafond des IJSS maladie (cas général) est 41,95 € bruts/jour.
- Les IJSS commencent en principe au 4ᵉ jour (soit 3 jours de carence).
- Le salarié “classique” touche souvent plus grâce au complément employeur / convention / prévoyance… mais en SASU, ce “complément” est financé par la société (donc par vous).
- Si vous êtes président non rémunéré, vous n’avez en général pas d’IJ au titre de la présidence (sauf cas particuliers, ex : autre activité ou ARE/ARCE).
1) Président de SAS / SASU : quel régime, en pratique ?
Président rémunéré : assimilé salarié (maladie = régime général)
En SAS/SASU, dès que vous vous versez une rémunération de président, vous êtes généralement assimilé salarié (régime général pour la maladie). Concrètement, en cas d’arrêt maladie, vous pouvez percevoir des indemnités journalières (IJSS), comme un salarié, mais avec des règles plafonnées.
Président non rémunéré : attention au “zéro droit cash”
C’est un point que beaucoup découvrent trop tard : si vous ne vous rémunérez pas en salaire, vous ne cotisez pas comme un salarié, donc pas de base solide pour toucher des IJ au titre de la présidence.
Le forum officiel de Assurance Maladie indique qu’un président non rémunéré n’est éligible aux indemnités journalières que s’il est dans certaines situations (ex : autre activité en parallèle ou perception d’ARE/ARCE).
Traduction simple : “je ne me paye pas, mais je veux une protection cash en arrêt maladie” = souvent incohérent, sauf si vous avez une autre assiette (autre activité / chômage).
2) IJSS en 2026 : le calcul (simple) et le plafond (qui change tout)
a) Le principe : 50% du salaire journalier de base
Les IJSS maladie correspondent à 50 % du salaire journalier de base, calculé à partir de la moyenne des salaires bruts des 3 mois précédant l’arrêt.
b) La carence : 3 jours (paiement à partir du 4ᵉ)
Le versement intervient à partir du 4ᵉ jour d’arrêt, ce qui correspond à 3 jours de carence dans le cas général.
c) Le plafond 2026 : 41,95 € bruts/jour
En 2026, le plafond des IJSS maladie (cas général) est de 41,95 € bruts par jour.
Conséquence pratique : à partir d’un certain niveau de rémunération (1,4 SMIC), vos IJSS n’augmentent plus, même si votre salaire est plus élevé.
3) Exemple : comprendre le “reste à charge” (et pourquoi ça surprend)
Un détail que les dirigeants ignorent souvent : l’important n’est pas “est-ce que j’ai des IJSS ?”, mais :
Quel pourcentage de mon revenu est réellement maintenu si je suis arrêté ?
Pour illustrer la mécanique “employeur + IJSS”, Service-Public.fr rappelle deux points clés :
- les IJSS sont versées par l’organisme d’assurance maladie et commencent au 4ᵉ jour ;
- le salaire peut être maintenu par l’entreprise via convention/accord (donc avec un coût).
on calcule d’abord l’IJSS versée par la Sécurité sociale à partir du salaire journalier de base. Ensuite, si l’entreprise veut maintenir le salaire (par exemple jusqu’à 100 %), il faut un complément pour combler la différence.
Et point important : chez un salarié, ce complément a un coût. Il est financé par l’employeur via le maintien de salaire et un contrat de prévoyance collectif (souvent obligatoire, notamment pour les cadres). Autrement dit, la “meilleure couverture” du salarié n’est pas gratuite : elle est payée dans le coût global du poste via une prévoyance obligatoire.
👉 Dans une entreprise “classique”, ce complément est vu comme un avantage salarié.
👉En SASU, ce complément est financé par votre société, donc par vous…
4) Le piège en SAS / SASU : « l’employeur, c’est vous »
Quand il faut compléter, au final c’est la société qui finance, donc dans les faits vous, via le budget de votre entreprise, surtout si aucun contrat de prévoyance n’a été mis en place pour vous. En SAS/SASU, vous êtes assimilé salarié au sens de la Sécurité sociale, mais vous n’êtes pas un salarié au sens du droit du travail (mandat social, pas contrat de travail). La convention collective et les obligations de prévoyance “salariés/cadres” ne s’appliquent donc pas automatiquement à vous en tant que mandataire social ; votre couverture dépend du cadre retenu et, le cas échéant, des règles du contrat collectif.
Autrement dit, s’il y a une couverture, la SAS/SASU la finance via un contrat de prévoyance. Et s’il n’y en a pas, c’est la SAS/SASU qui assure elle-même votre maintien de salaire. Dans tous les cas, c’est la société qui paye, donc vous.
Et c’est exactement là que naissent les erreurs :
- Le président pense être “mieux couvert” parce qu’il est assimilé salarié ;
- En réalité, une partie importante de la couverture “confort” vient :
- du maintien de salaire employeur,
- et/ou d’une prévoyance,
- qui sont des coûts.
À titre informatif, une prévoyance permettant de maintenir le salaire en cas d’arrêt de travail coûte environ 2-3 % du salaire brut.
5) Et si je compare l’assimilé salarié à un TNS ? (juste pour situer le niveau de couverture)
la Sécurité sociale “pure” peut être plus favorable en plafond IJ côté TNS.
- Côté indépendants (SSI), Assurance Maladie indique un plafond d’IJ pouvant atteindre 65,84 € bruts/jour en 2026, avec une base plafonnée au PASS 2026 (48 060 €).
- Côté régime général (assimilé salarié), le plafond maladie (cas général) est 41,95 € bruts/jour en 2026.
En comparaison :
- TNS (SSI) : 65,84 × 360 = 23 702,40 € bruts (maximum théorique sur la période)
- Assimilé salarié : 41,95 × 360 = 15 102 € bruts (maximum théorique)
Le TNS gagne. Le salarié “a l’air” mieux couvert parce qu’il a souvent un complément, mais ce complément est financé par l’employeur… donc en SASU, par votre propre structure.
Remarque : le statut de TNS est bien plus avantageux qu’il n’y paraît. On le voit ici : malgré des cotisations sociales plus faibles, on peut percevoir davantage de prestations de la Sécurité sociale, tout en cotisant moins.
En lien avec ce sujet, nous vous invitons à consulter notre article : “Optimiser sa rémunération en SASU/SAS : salaire, dividendes ou changement de statut (jusqu’à 180 000 €)”.
6) Synthèse simple
Si vous êtes président de SAS/SASU :
- Avec salaire : vous avez une base “assimilé salarié” et des IJSS possibles, mais plafonnées (41,95 €/jour en 2026, cas général).
- Sans salaire : vous n’avez généralement pas de droits IJ au titre de la présidence, sauf situation particulière (autre activité, ARE/ARCE).
- La “vraie protection” en cas d’arrêt dépend souvent du complément (maintien / prévoyance) : en SASU, ce complément est un coût qu’il faut piloter, pas un acquis “automatique”.
FAQ
Le président de SASU touche-t-il des IJSS en arrêt maladie ?
Oui s’il est rémunéré (assimilé salarié) et remplit les conditions. Le versement est en principe à partir du 4ᵉ jour (3 jours de carence).
Quel est le plafond des IJSS maladie en 2026 ?
En 2026, le plafond des IJSS maladie (cas général) est 41,95 € bruts/jour.
Président de SASU non rémunéré : ai-je des indemnités journalières ?
En règle générale, non au titre de la présidence. Il existe des cas particuliers (autre activité simultanée, ou perception d’ARE/ARCE).
Pourquoi un salarié “classique” semble mieux couvert qu’un président de SASU ?
Parce qu’il bénéficie souvent d’un maintien de salaire ou d’une prévoyance financée par l’employeur. En SASU, l’employeur… c’est votre société.
Pour aller plus loin